Laurette Atrux-Tallau

Une densité d’existence….

Plasticienne, Laurette Atrux-Tallau (°1969, vit et travaille à Bruxelles) construit au fil du temps, une œuvre dont l’outil principal est le médium photographique - n’excluant nullement, comme nous le verrons plus loin, le recours parallèle à d’autres supports - instrument par lequel, elle affine une intelligibilité du regard, révèle un infra-savoir, fruit d’une observation appuyée de sujets familiers ou bien encore, d’étonnements visuels rencontrés de-ci, de-là.

On considèrera aussi son attachement aux moments singuliers de la transformation et de la rupture en ce qu’ils dévoilent l’emprunte du temps écoulé, d’une part et la saisie d’instants fugaces, d’autre part. L’observation et l’attente faisant également partie intégrante de sa pratique photographique.

Une constance à capturer les moments qui se dérobent au regard, que ce soit la levée d’une pâte à pain en une prise de vue d’une durée de 15 minutes laquelle imprègne la pellicule ou bien encore, la déchirure de la membrane extérieure d’une semence, laissant apparaître le germe qui s’étire vers la lumière. Fixés en macrophotographie, ces micro-phénomènes rendent compte d’un petit bout de réel en latence, offert aux pupilles en des conditions de perception maximales. Le choix de la frontalité de la prise de vue et le resserrement du cadre sur le sujet affirment une volonté de dépouillement qui participe d’un intérêt marqué pour la forme et la dimension sculpturale des sujets photographiés. De la même manière, la surface photographique déployée en de plus ou moins grands formats, résultante d’un rapport d’échelle réfléchi par l’artiste, entame l’engagement physique du spectateur, consolidant une détermination à « donner corps » à ce réel photographique.

Le nouveau projet dont il sera ici question, concourt à la cristallisation d’un instant, le moment tendu de l’entre-deux, juste avant ou juste après l’impact d’un bris de vaisselle ou de tout autre élément usuel de la cuisine en un tableau photographique dont la référence picturale ne laisse de pointer. Une composition formelle qui émane de la surprise visuelle quant à l’organisation des éclats en un espace défini par le cadre , un instantané qui tient de l’agencement spontané de formes et de couleurs , ou bien encore un bruit qui résonne à l’oreille.

Subtilement associés en un jeu de proportions et de dynamiques, les clichés rendent compte d’une densité d’existence de ces petits riens qui constituent notre environnement immédiat. Celui-ci, situé principalement en l’appartement et en la cuisine de la plasticienne, devenu l’atelier ou le laboratoire, le lieu de l’expérimentation d’une pratique qui procède essentiellement par ratage, par affinement pour aboutir à la quintessence du projet initial.

Au sous-sol, Laurette Atrux-Tallau développe une pièce tentaculaire, un volume organique à la dimension formelle revendiquée, amas de boules de polystyrène blanc hérissées de pics en bois, figure menaçante de par son développement inscrit minutieusement au cœur de cet espace souterrain. Une réelle présence absorbante à laquelle il convient, cette fois, de résister,le corps du spectateur, à nouveau sollicité en une tension déjà exacerbée par le lieu lui-même.

Pascale Viscardy in l’Art même n°21 Quatrième trimestre 2003