Laurette Atrux-Tallau

L’espace dans l’œuvre de Laurette Atrux-Tallau

Laurette Atrux-Tallau est toujours là où il faut. Étrange affirmation à propos d’une artiste bien loin des mondanités et des jeux d’influences mais qui, depuis près de quinze ans, développe une pratique polymorphe et réjouissante. Cette Géo Trouve-Tout amoncelle dans les tiroirs secrets et les appuis de fenêtres de son petit atelier de nombreux projets, qui y mûrissent paisiblement. Si la photographie et la vidéo furent ses champs d’action principaux, la sculpture, l’installation et le dessin prennent aujourd’hui leur plein essor dans sa trajectoire. Mais l’une des choses les plus frappantes dans son travail tient à son incroyable habileté lorsqu’il s’agit de confronter ses œuvres à un espace. En 2010, invitée par le FRAC Languedoc-Roussillon, Laurette Atrux-Tallau investissait la chapelle des Pénitents-Bleus à Narbonne dans le cadre de l’exposition « Casanova Forever ». Elle y proposait l’une de ses gigantesques sculptures de formes dupliquées tels des oursins géants. Sa prise de position dans l’espace était d’une grande justesse. Voilà que l’artiste française basée à Bruxelles se voit confier pour l’été la chapelle Saint-Nicolas-des-Eaux de Pluméliau. Visitant pour la première fois la chapelle, Laurette Atrux-Tallau fut intriguée par de nombreux espaces témoignant des outrages du temps. Niches vidées de leurs occupants, murs biscornus, étançons telles des béquilles d’une charpente délicieusement ornée de sablières, mousses envahissant les jointures du sol. Autant d’éléments qui vont à la fois nourrir l’accrochage général de son intervention et sa pratique elle-même. Aux niches architecturales, Laurette Atrux-Tallau répond par des vitrines, comme autant de reliefs s’opposant aux cavités. Elle y présente un ensemble de sculptures au protocole de travail axé sur des principes de répétition. Clouer, visser, perforer, arrimer, river sont autant de gestes qui fondent sa pratique. Les murs et les étançons ont quant à eux suscité une variation dans la pratique de l’artiste. Si, à l’accoutumée, ses sphères pictées forment un gigantesque banc compact qu’elle vient composer dans l’espace même de l’exposition comme une véritable sculpture, ici nous serons confrontés à un haut-relief qui, tel celui d’un soldat du temple de Zeus à Pergame, retrouve tout à coup appui dans le réel de l’espace d’exposition. Ainsi, dans la chapelle, le spectateur est confronté à des excroissances qui, progressivement, s’échappent des murs pour devenir des sphères pourvues de piques menaçantes. La tension due à l’enchevêtrement donne la sensation qu’une masse du même type est tapie à l’extérieur. Les étançons devenant tout à la fois béquilles pour cette chapelle envahie et une proie pour cette masse souhaitant s’y lover. Détail soulignant à nouveau son attachement au lieu dans laquelle elle s’inscrit, la couleur des extrémités des piques est un écho discret mais efficace à la mousse enclavée dans le sol.

À n’en pas douter, cette intervention sera un tournant dans la pratique de l’artiste. Elle est une nouvelle preuve de son grand sens de l’accrochage. L’artiste n’a jamais porté une telle attention à la dimension picturale de sa pratique. La présentation de ses sculptures dans des vitrines imposant ainsi un point de vue précis sur l’objet ainsi qu’un renoncement à sa dimension tridimensionnelle. Un nouveau virage se dessine donc probablement dans l’œuvre de Laurette Atrux-Tallau à l’aune de Saint-Nicolas.

Christophe Veys